Il y a quelques mois on a posé des questions à Tabatha sur sa traversée de la HRP. Passionnée de rando, elle a arpenté le monde et marché sur des sentiers mythiques et magnifiques ! On a voulu en savoir plus sur son aventure et qu’elle nous partage ses conseils 🙂
Peux-tu te présenter et nous parler de ton rapport à la randonnée et à la montagne ?
Je m’appelle Tabatha, j’ai 34 ans et je suis Sagittaire ascendant Vierge avec ma maison Poudlard Serdaigle.
J’ai grandi avec la montagne l’hiver et les vacances au ski dans les Alpes ou les Pyrénées avec mes parents et ma sœur. Puis avec mon compagnon de l’époque j’ai continué avec le ski. J’ai quelques souvenirs d’été avec des marches dans les Vosges et les Pyrénées. L’escalade est aussi entrée dans ma vie à la fin de mes études, j’en fais maintenant depuis 15 ans de manière épisodique, que ce soit du bloc ou de la voie. J’admets que grimper en falaise est plus agréable mais j’y laisse plus de morceaux de peau !
Vers 20 ans, j’ai fait mes premières randonnées… Les plus connues des Pyrénées, à la journée et généralement avec un équipement peu adapté 😅
Mon arrivée à Toulouse en 2018 a tout changé, j’ai découvert l’Ariège à 1h30 de voiture. Je voulais de la nature, du calme, une vue d’horizon et de l’effort physique, quoi de mieux qu’une journée (ou plusieurs) de marche en montagne ?
J’ai arpenté les Pyrénées en long en large en travers, principalement l’Ariège parce que j’adore cette région. Je randonne seule depuis plusieurs années, à chaque sortie, c’est une bouffée d’oxygène hors du quotidien, avec cette tranquillité loin de tout, les paysages de toute beauté et l’effort physique combiné. En montagne, je reviens vite à l’essentiel.
Pourquoi as-tu choisi la HRP ?
Je voulais rester au plus proche des crêtes et des sommets ! Ayant la forme physique et le temps, j’ai choisi la HRP dont je rêvais depuis plusieurs années. Ça me permettait de parcourir les Pyrénées comme je ne l’ai jamais fait, en découvrant des endroits reculés tout en passant par des sites fréquentés.
Avant mon départ, un ami m’a dit « tu te sociabilises un mois et tu repars seule en montagne un mois »… Cette traversée via la HRP était un besoin de liberté et de monde un peu plus sauvage.
Comment l’as-tu préparée ? (site, outil, livres, …)
Je l’ai très mal préparé ! Je m’y suis mise 4 jours avant pour étudier les ravitaillements, les endroits potentiellement enneigés et réfléchir aux variantes les plus belles…
J’ai acheté le guide Cicerone – The Pyrenean Haute Route (en anglais) avec des cartes claires et précises, le moins de photos et de texte inutile. Le guide indique des endroits de ravitaillement et de bivouac possibles, ça me donnait déjà une idée des distances potentielles par jour. Sans vergogne, je déchirais les pages au fur et à mesure de ma traversée pour m’alléger !
Les blogs de Frank est une mine d’or d’informations avec différents liens, sites et tracés. Il a utilisé son article de manière collaborative, donc il y a des informations d’autres randonneurs et c’est très complet. Comme site internet, je n’ai utilisé que celui-là, tous les liens y sont: cabanes non gardées, refuges, traces GPX, idées d’application,…
J’ai regardé des forums de Marcheurs Ultra Légers et des groupes Facebook pour prendre des infos sur les variantes, le matériel, leurs ressentis.
D’après le guide de Georges Veron, quelques variantes étaient dangereuses donc j’ai cherché les infos sur les forums Randonner Léger et Camp to camp.
Internet est une mine d’informations, mais comme je m’y suis prise assez tard ça m’a demandé beaucoup d’énergie de me renseigner avant mon départ.
Je ne sais pas ce que je ferais sans internet et sans les applications GPS, ça serait un sacré défi de faire la HRP uniquement avec des cartes, une boussole et un bouquin !
Les indispensables que tu as mis dans ton sac, et les choses dont tu aurais pu te passer
Chacun aura des indispensables différents, en fonction du temps de marche, de la météo et de l’environnement. Je pense même qu’avec l’expérience, ça change.
Par exemple, je ne partirai pas avec le même matériel pour l’Altiplano Péruvien pour bivouaquer à 4200m que pour les Pyrénées en été avec des températures nocturnes relativement douces. Aussi, mes indispensables seront différents pour une randonnée de 2 jours ou de 3 semaines, je peux me passer d’un réchaud et manger froid pendant 2 jours cependant pour la HRP j’aime la tisane du soir et le café chaud du matin!
Mes indispensables : l’imperméable/coupe-vent, des pansements anti-ampoules et un bon duvet (je suis frileuse).
Ce dont j’aurai pu me passer : le poncho de pluie, les jumelles et le t-shirt en synthétique (Dieu merci, au bout de 3 jours j’ai fait un arrêt chez une amie et j’ai pu me débarrasser du superflu !)
Peux-tu nous raconter une anecdote quand ça ne s’est pas passé comme prévu ?
Départ tôt de la cabane non gardée pour le village Parzan et ses deux magasins pour se ravitailler. J’arrive avant les copains, je m’offre un petit déjeuner à l’espagnole, on fait les courses pendant 2h et on repart ensemble.
Arrivés au col où le bivouac était prévu, pas d’eau, trop de vent et il est à peine 16h, on décide tous de continuer. Un peu plus bas, un beau champ herbeux avec un abreuvoir, au soleil, plat et avec une belle vue… Mais les gars veulent continuer au bord de la rivière en contre-bas, il est 18h j’ai les pieds en compote mais la rivière est inatteignable (c’est limite un canyon). Les alentours ? De la forêt tout autour, en pente qui plus est, sur une piste goudronnée et d’après la topographie, nul terrain plat à l’horizon ! Un camping est à 4 km de là…
J’ai un peu râlé sur le chemin en répétant qu’ « on aurait dû rester sur le champ plus haut » et je sais que je les ai pas mal agacé avec ça 😅 Par miracle après 30 minutes de marche, il y a un terrain plat avec de l’herbe moelleuse au bord de la rivière ! Il est 19h, j’ai les jambes dures comme du béton et ENFIN un spot de bivouac idyllique !
Ou je pourrai raconter mon retour en stop où je monte dans une Tesla, le gars doit m’amener à 1h de route mais il me dépose à une aire de covoiturage à peine 15min plus loin, sous la pluie… A mon avis, je sentais tellement mauvais qu’il n’a pas supporté plus !
Un souvenir particulièrement inoubliable
Difficile d’en trouver un seul… Chaque col, vallée et bivouac avaient quelque chose de remarquable !
J’en choisis 2
Le premier : Le bivouac au pied du Vignemale.
Après une journée abominablement longue et difficile, j’arrive au dernier col, la descente en caillasse est exténuante et au détour d’un virage, je vois le Vignemale sur toute sa hauteur… Waouh, majestueux ! J’arrive sur ce grand terrain plat et ruisselant d’eau directement du glacier, je me rends compte de sa taille imposante et c’était tellement beau que j’en étais bouche bée.
Le second souvenir : voir des visages connus près 20 jours de marche !
Mes parents et ma sœur m’ont rejoint au 3/4 du parcours pour une après-midi de repos. Moralement ça m’a fait un bien fou et j’ai pu me laver les cheveux, mes vêtements et me goinfrer au petit déjeuner.
Si c’était à refaire, que garderais-tu et que changerais-tu ?
Ce que je changerais
Je partirais avec un sac à dos plus léger. Pour la HRP, sans l’eau et la nourriture j’étais déjà à 11-12kg, ce qui est énorme ! Alors qu’en ayant tout pesé pour le sentier des Cols Alpins en Suisse, j’étais à 8,5kg 🙃
Le rythme aussi, j’irais plus doucement et moins dans la douleur physique. En écrivant la traversée sur mon Polarstep, j’ai terminé par « dans la douleur et la sueur »…
Ce que je garderais
Les copains (Timothée, Aitor et Kévin) rencontrés sur le chemin, c’est agréable de partager un bivouac après une journée de marche seule. Le soir, en combinant nos informations on prévoyait nos itinéraires du lendemain, l’endroit de bivouac, la distance et la durée prévue.
La météo aussi, à peine 4 jours de pluie et d’orages !
Ça fait quoi de faire la traversée en tant que femme seule ?
On pose toujours la question à une femme seule de savoir ce que ça fait de voyager en solo mais rarement à un homme. Il faut que ça change, on ne devrait pas être des exceptions!
Pendant mes premiers bivouacs seule, j’avais l’imaginaire du « tueur fou de la montagne » à cause des films et livres, je flippais toutes les nuits au moindre bruit, avec l’habitude je dors maintenant sereinement !
Cependant je respecte quelques règles :
- Ne pas bivouaquer proche des sentiers, des villages et des parkings
- Ne rien laisser trainer hors de la tente (chaussures, culotte qui sèche, etc) pour qu’on ne sache pas si c’est un homme ou une femme
- Dormir avec mon Opinel.
Pour en avoir discuté avec eux, les hommes s’imposent moins de principes de sécurité.
Sinon marcher en tant que femme seule offre une liberté sur la distance journalière, le temps de pause, le rythme de marche, l’endroit où dormir. C’est possible de commencer par étapes en dormant en refuge, puis bivouaquer autour du refuge et enfin bivouaquer au milieu de nul part.
Toujours plus facile à dire qu’à faire mais la chose si ça nous appelle : ne pas écouter la peur des autres et se lancer !
Quels sont tes prochains projets de rando ?
Je reviens d’une semi-traversée des Alpes Suisse par le sentier des cols alpins (tracé n°6). J’ai coupé le tracé en deux pour faire 350kms en 18 jours de marche et cette fois, j’ai eu un temps hivernal et pluvieux !
Pour cette aventure, j’ai marché d’une solitude sans nom, je n’ai croisé personne dans mon sens ou dans l’autre qui faisait le sentier des cols alpins.
Dans ma To-do list :
- Une portion de la Via Alpina Suisse (tracé n°1)
- Refaire la HRP parce que – vraiment – c’est beau
- Les Dolomites
- L’Hexatrek (3000 km à travers les massifs français)
- Refaire le tour du massif des Écrins
- Pourquoi pas le Pacific Coast Trail aux USA…
Je crois que c’est tout… pour l’instant !
As-tu des ressources à nous partager ?
J’écoute des podcasts d’aventures, il y en a peu de femmes mais j’en trouve certains sur L’aventure c’est l’aventure, Les baladeurs et Montagne en Scène.
J’ai lu plusieurs livres de Sarah Marquis, aventurière Suisse en solitaire. Elle est sponsorisée et souvent avec une équipe de secours assez disponible, mais elle marche seule sur des distances hallucinantes dans des environnements austères. Une femme inspirante.
Et les autres ressources me venant en tête, ce sont les rencontres de femmes voyageant seule !
Merci à Tabatha pour ce partage !
Vous aussi vous voulez partager une aventure au Pays basque ou dans les Pyrénées ? Qu’elle ait été faite à pieds, à cheval, à vélo, en voilier ou autre, on est toutes ouïes ! Écrivez-nous sur julie.kanpo@gmail.com !